Où en est aujourd’hui la gouvernance mondiale ? Et demain ? Le sujet peut sembler déconnecté dans les très graves conflits actuels. Mais c’est justement dans cette période qu’il conviendrait d’anticiper de quoi tout cela va accoucher. Car en arrière-plan, des influences s’exercent plus que jamais.
Il nous faut, États, entreprises et tous les acteurs comprendre ce qui se trame pour adapter nos stratégies et ne pas subir.
La
mondialisation des années 1980 s’est accompagnée d’une forme de
gouvernance d’inspiration occidentale. Dans mon livre de 2006 La
gouvernance mondiale a commencé », je l’ai appelée « libéralo-morale »
(alliance de la promotion du libéralisme économique et de « valeurs »
rassemblées sous le chapeau global du développement durable et de ses
déclinaisons). Je prévenais qu’elle devait trouver une véritable
légitimité. Vingt ans après, en 2026, cette architecture née sur le
cadre de l’après-guerre s’est fissurée, et non pas seulement à cause de
« l’avènement des empires ».
Car
cette gouvernance d’inspiration occidentale a elle-même créé les
conditions de son affaiblissement. Le primat des échanges économiques,
l’exacerbation de la compétition internationale, un moindre rôle des États au profit d’acteurs non étatiques et la délégitimation
d’organisations internationales purement normatives ont peu à peu
affaibli le cadre institutionnel existant.
Dès
les années 2000, elle a été contestée non dans son principe, mais dans
son contenu, par un récit différent. Celui de l’organisation de la
coopération de Shanghai, du « consensus de Beijing » vs consensus de
Washington, des BRICS...
Aujourd’hui
les États, enfin, certains États, ont repris la main. En septembre 2025, le président chinois a
lancé une initiative pour la gouvernance mondiale. Les Etats-Unis
lancent des initiatives comme le Conseil de la paix. Ils s’opposent à la
gouvernance mondiale de l’IA évoquée au sommet de Delhi de février
2026. Le poids des acteurs du numérique et de l'IA, et de la finance,
est plus prégnant que jamais, sans parler des industries liées à la
guerre.
Les
organisations internationales (OI) tentent de prendre un virage
qu’elles auraient pu/dû prendre plus tôt (mais les OI, ce sont leurs
États membres et on en revient au sujet précédent du poids de
« l’occident »). L’UNESCO publie en janvier 2026 un document sur « Le
tournant polycentrique de la gouvernance mondiale de l’éducation ».
L’ONU de son côté a lancé d’importants projets de réforme axés sur la
réforme des circuits internes et de la bureaucratie, l’examen des 4000
mandats confiés par les États aux UN et une réflexion sur les programmes
(fusions possibles d‘organisations). Mais il est sans doute tard.
Une autre forme de gouvernance mondiale va se mettre en place et elle sera comme la précédente issue d’influences majoritaires.
Mais qui ne seront
plus les mêmes. Chine, Arabie saoudite, États de l'ASEAN, d'Afrique (dont le Maroc), et d'autres, développent des pensées du monde et des ambitions. Grâce à leur appropriation du numérique et en particulier de l'IA, ils ont l'intention de développer des récits qui véhiculeront d'autres visions du monde que les occidentales. La Chine en particulier n'est pas du tout hostile à une gouvernance mondiale, mais avec des règles du jeu différentes, notamment en matière économique et financière. Ces orientations ont plus de chances que jamais de se frayer un chemin. Et elles auront des conséquences sur tous les acteurs, y
compris les entreprises même si cela leur semble très loin de leurs
préoccupations. Il est plus urgent que jamais de les connaître et de les comprendre.
Re : essayons d’anticiper (= prévoir et se préparer en conséquence) et de participer dans les lieux idoines. Mais pour cela, il faut non pas des éléments de langage mais une doctrine, un contenu et une ingénierie d'influence organisée.
Et sur le fond, des axes d'action pour l’État, que je propose d'articuler autour de la notion d'intérêt général redéfini (cf. article suivant).